(suite 3)

 

 

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LE CHÂTEAU PARTiCULiER DE L’ABBE, DECRiT AU XIXème S.

 

            Le château particulier de l’Abbé occupait à peu près tout l’emplacement des terrasses actuelles, entre le débouché des deux ponts.  Un vaste corps de logis occupant, à l’est, la moitié de l’emplacement de l’édifice actuel, qui le remplaça, restait probablement inhabité et sans emploi.  L’appartement abbatial proprement dit venait ensuite, composé de trois parties, l’une faisant suite, mais avec une architecture et un caractère bien différents, à ce vaste corps de logis ;  la deuxième, parallèle et baignée par la Dronne ;  la troisième, faisant retour d’équerre sur les deux autres et les réunissant.  Aux deux angles de jonction se dressaient deux élégantes tourelles ;  la base de l’une, plongeant dans la rivière, forme aujourd’hui un agréable rond-point.  Du reste, la base tout entière du château a été respectée :  elle supporte, à l’heure qu’il est, la balustrade de la promenade qui longe l’abbaye.  C’est là, sur l’emplacement occupé aujourd’hui par la partie occidentale de la promenade et de l’abbaye, que Pierre de Bourdeille écrivit ses « Mémoires ».

Georges BUSSiERE, in Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, tome VII, p. 57.

 

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BRANTÔME ET LA DRONNE AU XXème S.

 

            Il arrive que la nature et l’homme collaborent pour composer un chef-d’œuvre.  C’est le cas de Brantôme, la plus ravissante, la plus féerique petite ville du Périgord.  La nature a fourni le cadre :  la charmante vallée de la Dronne.  Aucune rivière n’est plus gracieuse, ni plus coquette que celle-là.  A la fois rapide et languissante, elle entraîne dans son cours de longues plantes vertes et chevelues qui, vues par transparence sous les eaux et ondulant au gré des courants, semblent vivantes et caressantes.  Les vieilles maisons s’y reflètent et tremblent quand des remous agitent la surface.

            Dans ce décor de rêve, les moines ont construit une admirable et puissante Abbaye dont la tour domine la vallée.  Sous une grotte profonde, un artiste inconnu et génial a sculpté le « Jugement dernier ».  Puis, à la grandeur s’unit la grâce.  Un délicat pavillon Renaissance borde un pont coudé fantaisiste, qui donne d’un côté sur les vieux quartiers, de l’autre sur le Jardin des moines.  Des reposoirs soutenus par des colonnes finement ciselées jalonnent cette promenade.  On comprend que beaucoup d’écrivains et de peintres aient choisi ce lieu de méditation.  Brantôme, perle du Périgord, est aussi un joyau de la France.

André MAUROiS, de l’Académie française.

 

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BRANTOME L’ENSORCELEUSE… 

            « Venise de verdure et d’eau douce »,  Brantôme a, de tout temps, ensorcelé l’homme, visiteur ou habitant, d’un envoûtement particulier.

            D’où provient donc ton charme ?  D’un mariage heureux de l’eau et du rocher…  Vous aimerez aussi, les soirs d’été, quand les illuminations font surgir de la nuit, en un tableau inoubliable et presque irréel, ces vieilles pierres enchâssées de verdure se mirant dans les eaux, vous arrêter un peu, et, du bruit du monde qui s’estompe au chant seul de l’eau qui suit sa course éternelle, vous élever vers ce clocher vainqueur des siècles qui, là-haut, au-dessus des bois enténébrés, montre le ciel tout constellé d’étoiles…

L. GRiLLON, in Jean SECRET, Brantôme en Périgord, éd du Périgord Noir, 1962.

 

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LU CRO DE LO BOBOÏOU

            Il existe dans les carrières voisines de l’abbaye une grotte appelée lu crô dé lo Boboïou.  La Boboïou (mot patois qui signifie statue) est l’épouvantail des enfants.  Il n’y a pas une mère à Brantôme qui ne menace quelquefois ses petits de les porter din lu crô dé lo Boboïou.  En admettant avec M. Audierne que l’église primitive de Brantôme fut construite sur l’emplacement d’une grotte où les druides célébraient leurs mystères, n’est-il pas permis d’en conclure que la Boboïou était une idole de cette grotte ?

            D’un autre côté, comme on est généralement d’accord que les druides défendaient expressément toute représentation de la divinité et qu’ils adoraient l’être suprême en plein air dans les forêts ;  que ce n’est que sous la domination romaine que leur religion s’altéra en se fondant avec la religion romaine, et qu’à cette époque seulement on commença à représenter des dieux gaulois, dont on latinisa le nom ;  la Boboïou ne peut remonter au delà des premiers siècles de l’ère chrétienne.

Manuscrit du Dr Machenaud, à Brantôme, 1864.

 

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DESCRiPTiON DE BRANTOME AU XVIIème S.

 

            La ville de Brantôme est située dans la région du Périgord, sur les bords de la Dronne, entre Champagnac et Bourdeille, en un pays très fertile.  Son abbaye, la plus belle et la plus riche de l’Aquitaine, s’élève au pied d’une colline boisée d’où s’échappent d’innombrables sources d’eau.  La ville est petite, mais agréable.

Topographie du royaume de France, Francfort, XVIIème s.

 

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POEME EVOQUANT BRANTÔME, SES FONTAiNES ET SES GROTTES…

 

   Plus belles que les larmes

Appelez Appelez pour calmer les fontaines

Le mirage doré de mille et un décors

De Saint-Jean-du-Désert, aux caves de Brantôme

Du col de Ronceveaux aux pentes du Vercors

 

Louis ARAGON, Les Yeux d’Elsa.

 

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AViS DE GASTRONOME QUi A HANTE BRANTÔME…

            Le Périgord n’est pas seulement un pays où l’on mange bien, c’est un pays où l’on mange finement et où la cuisine est tenue pour un des Beaux-Arts.

André MAUROiS,  de l’Académie française.

 

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POEME DU XVIème S.

             Brantosme espouse de la Dronne

 

            Brantosme, ancien séjour des nymphes, non de l’homme ;

Rien ne vois, Périgord, si joly que Brantosme.

Brantosme qui dedans soi les cheveux de hault pris

Garde éternellement de la belle Cypris.

Brantosme aux belles eaux, dont la vertu surpasse

Celles que ces menteurs ont chanté de Parnasse.

Ayant sans y songer faict poète devenir

Celui qui d’en gouster ne faisait que venir…

Un jurisconsulte de la fin du XVIème s., avocat du Parlement de Paris

(à qui Montaigne dédicaça un exemplaire de ses « Essais »), qu’un accident de voyage fit s’arrêter à Brantôme en 1584…

 

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LE PASSAGE DES ARMEES DE LA FRONDE AU XVIIème S.

 

            Après avoir faict séjour pendant dix-sept jours aux susditcts lieux et consommé la plus grande part de leurs vivres et fourrages, et commis quantité d’actes d’hostilité, mesme sur la personne de curés et biens d’église, forcé filles et femmes mesme dans les lieux les plus saints qu’ils (les sept mille hommes d’armes de la Fronde sous les ordres du Comte d’Harcourt) avaient convertis en écuries et boucheries et bourdels ;  comme il (M. d’Harcourt) veit que Périgueux ne desmordait poinct du parti du Roi et de Messieurs les Princes, il prit résolution d’aller veoir le Sarladais…

Pierre de BESSOT (Périgourdin), Livre de raison, XVIIème s.

 

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BRANTÔME SOUS LE PREMiER EMPiRE

            Quant à la petite ville de Brantôme (ou si vous voulez, le bourg, ou pour mieux dire, le village, ou encore mieux le hameau) elle est agréablement située.  Je me rappelle avec plaisir les charmants coteaux qui la dominent.  Si je l’habitais, je me ferais construire un kiosque tout en haut de la garenne des Bénédictins.  Là, je pourrais contempler les étoiles et converser tranquillement avec mes Grecs et des Latins…  Et le sexe, Monsieur le Docteur, que fait-il ou qu’en fait-on à Brantôme ?  Votre lettre n’en contient pas un seul mot.  D’où vient que vous avez oublié un point d’une telle importance ?  Dites-moi, je vous prie, quelle est la belle du jour et comment on s’amuse à ce carnaval ? …

M. de MOURCiN (professeur au Collège de France), Lettre à M. Duvignaud fils, docteur en médecine à Brantôme, 1811.

 

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BRANTÔME AU XVIème S.

 

             … Le bien (l’Abbaye de Brantôme) est beau, c’est tout, mais la beauté sans revenu ne peut nourrir la personne…

Pierre de BOURDEiLLE, Lettre à Henri IV, 2o avril 1594

 

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LA REPUTATiON DE BRANTÔME AU XXème S.

 

Non, nous ne saurons jamais  (valse lente)

Si nous préférons Brantôme à Bourdeilles

Ou Bourdeilles à Brantôme ! …

CURNONSKY, Guide de la France gastronomique, 1921

 

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LA PEYRO-LEVADO (LE DOLMEN), AU XIXème S.

 

Voyez cet édifice étrange, un large roc

Etendu, tout à plat, sur trois piliers.  Ce bloc

Fait songer aux Titans, le soir, assis à table ;

Et, comme en ce pays, on croit encore au diable,

Le diable est apparu, maintes fois, leur versant

Dans des crânes ouverts de la bière ou du sang… 

Georges BUSSiERE, XIXème s.

Br  00088  A  &  B

CHARTES CONCERNANT BRANTÔME, Xème – XIème S.

A  Folio 23 – recto – 937

Charte de Bernard, surnommé Grandin, comte du Périgord, par laquelle, du consentement de Garsinde, sa femme, il restitue à Martin et à ses religieux, le monastère de Brantôme fondé par Charlemagne sous l’invocation de Saint-Pierre et du Saint Innocent Sicaire, dont cet empereur avoit apporté les reliques des pays d’outre-mer.

Folio 66 – recto – 1080       

Charte d’Hélie III du nom, comte du Périgord, par laquelle il soumet l’abbaye de    Brantôme à celle de la Chaise-Dieu, après s’en être dessaisie par le conseil de Guillaume de Montbernon, évêque de Périgueux.

 

Commentaires de Marcel Berthier

          En 1o8o c’est Seguin d’Escotais qui est le 4ème abbé (1o78 – 1o94) de la Chaise-Dieu.  Il dirige une congrégation bénédictine qui comprend onze abbayes et trois cent trente prieurés.  A la fin du XVèmesiècle, Pierre de Piédieu, abbé de Brantôme, avait mené à bien la reconstruction complète de son abbaye. A sa mort en 1501, les treize moines qui occupaient l’abbaye ne réussirent pas à s’entendre pour lui choisir un successeur et ce n’est qu’en 15o5 qu’Amanieu d’Albret, cardinal et évêque de Bazas, devint abbé commendataire de Brantôme.  Il mourut en 1519.  Il fallut attendre 1538 pour que Pierre de Mareuil, évêque de Lavaur soit pourvu de l’abbaye.  En 1541 il adhéra à la congrégation de Chezal-Benoît qui comprenait ainsi dix abbayes dont, notamment, Saint-Germain-des-Prés.  Il mourut le 2o mars 1556. 

          Pour lui succéder Henri II choisit Pierre de Bourdeille qui n’avait que 16 ans et fut abbé commandataire de Brantôme pendant 58 ans.

          En 1636 Brantôme suivra Chezal-Benoît dans la congrégation de Saint-Maur et sera ainsi la 5oème abbaye de la Congrégation.  Dom Jean Benoît Raby (1614 – 1662) , prieur, fit entreprendre la reconstruction de l’abbaye selon les plans de Dom Gilles Joseph de la Bérodière, qui sont conservés aux Archives nationales dans la série N III Dordogne I.  L’histoire de Brantôme s’acheva en 179o comme celle de tous les monastères de France.

 

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