(suite 2)

Br 00066  A, B & C

LES PRiViLEGES DE BRANTOME AU MOYEN AGE

EXTRAiT

DES PRiViLÈGES DE LA ViLLE DE BRANTOME

23 décembre 1271 — 31 août 1400  4 février 1469

 

      Le mercredy après la feste de la Nativité du Seigneur, sçavoir, le 29 de décembre, l'an du Seigneur, mille premier, dans la ville de Périgueux, illustrissime prince et seigneur Edouard, premier du nom, roy d'Angleterre, en donnant les privilèges à la ville et communauté de Brantholme, ordonna qu'il seroit nommé annuellement, en chasque jour et feste de St-Martin d'hiver, huict consuls ou prud'hommes qui presteroient le serment de fidellité devant monsieur le séneschal de Périgord ou devant monsieur son lieutenant, desquels il en serait esleu quatre et les autres quatre seraient esleus une aultre année ou tiendraient la place de ceux qui viendraient à mourir, lesquels gouverneraient la ville et communauté ; en concéquance de quoi il fut représenté au dit seigneur roy par noble homme messire Hélies de Prunières, chevallier seigneur de Arbanat, séneschal de Périgord et de Cahors, que en considération de la povreté et de la souffrance des guerres, ensemble des fréquentes innondations qui ravageoient les murs, ponts, fossés, clauteures et portaux de la ville où il leur aurait fallu faire diverses grosses dépenses pour la restauration de leur dite ville, murailles, ponts, fossés et portaux. En considération de quoi le dit seigneur de son autorité royale leur aurait donné pleine puissance d'impozer ou faire impozer sur toutes les vinades, et autres marchandizes qui se vendraient et débiteraient dans ladite ville de Brantholme par quelques personnes qui puissent estre, et plusieurs autres choses et privilèges que ledit seigneur par sa charte et lettre de l'an et jour susdit, pardevant Pierre Deviridivilla, notaire publiq, soubs 1'autorité royale.

En concéquance de quoy et en l'année mille quatre cents et le penultiesme jour d'aoust donné à Paris. Charles par la grâce de Dieu roy de France confirma les privilèges et donna lettres auxdits habitants de sa ville de Brantholme sur ce qui lui auroit été représanté par iceux que à cause de grands péages qu'ils avoient payé et payoient encore, à sept forteresses angloises qui depuis le commencement, des treuves en avaient eu plus de 3000 livres et que d'autant les pauvres habitants estoient affaiblis, et en estat indeffansable, le dit seigneur roy de France leur auroit donné la somme de 1000 livres pour les convertir en réparation de la dite ville, lesquels auroient été reçeus par Héliot Saunier, qui leur en auroit pris la somme de cent livres et n'auroit voulu randre le reste ; parquoy sa majesté auroit baillé contrainte par les dites lettres ou de le faire restituer. Le tout comme il est porté aus dites lettres de l'an et jour susdict, [signé] Lefevre.

 A suite de quoy et le 4 de février 1469 Charles fils et frère des royx de France, duc de Guyenne, conte de Xaintonge, donna permission à Pierre, abbé de Brantholme, sur la requeste que icellui abbé lui avoit présanté de faire restablir les murailles et fortifications d'icslle ville qui avoient esté desmollies et mises en ruine par les guerres, pourveu que cela ne lui portast aucun préjudice ny à la chose publique.

A suite de quoy et le 19 Mars 1469 messire Louis Sourbier, conseiller et grand escuyer du dict seigneur duc d'Aquitaine, séneschal de Périgord, fust député pour la dite fortification et restauration des murailles, ponts, porteaux et ballards.

Lesquels susdicts tiltres sus dattez ont esté collationnez par extraict et vidimus et par requeste présantée par Monsieur Léonard Frizon, procureur d'office de la ville et jurisdiction de Brantholme, et Guillaume du Doignon, scindicq des habitants de ladite ville. Pardevant monsieur de Marquessac, juge mage de Périgueux, Chalup, advocat du roy. Le 19 janvier mille cinq cents quatre vingt seze, Signé Tortel, greffier.

 Copie certifiée conforme dudit acte :

Ch. Grellet-BalguErie, in Bulletin de la SHAP, tome II (1875),  pp. 441-442.

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POEME EN L’HONNEUR DE BRANTÔME

 

Au pays de Brantôme

 

  Toi qui rêves d’un coin accueillant et tranquille

Pour détendre ton âme et délasser ton corps

Toi qui veux oublier tous les bruits de ta ville

Et trouver le repos sans ton trop gros confort ;

 

  Si tu aimes l’air pur, les fleurs et les bruyères,

Viens vivre quelque temps sous le ciel brantômais…

Point de plages peuplées écrasées de lumière

Ni de monts aux versants recouverts de hêtraies ;

 

  Point de palais somptueux témoins du temps passé

Ni de névés brillant sous des pics élancés,

Mais des coteaux boisés mollement ondulés

Coiffés de ponts de murs par les siècles ruinés,

 

  Des routes serpentant dans le fond des vallons,

Des chants variés d’oiseaux remplaçant les klaxons,

Un zéphyr embaumé, fleurant bon notre terre,

Les feuilles et la mousse ;  et puis nos chères pierres ;

 

  Le jardin de ses moines où le vieillard s’endort,

Entre deux reposoirs, sous les grands arbres tors.

O toi, en qui je sens des goûts simples et sages,

Tu aimeras la paix des calmes paysages,

 

  La pêche à la truite dans nos sinueux ruisseaux,

La beauté de nos grottes et de nos vieux châteaux,

Nos vastes horizons aux lointains vaporeux,

Les sous-bois au matin dans nos vallons brumeux

 

  Où, le bâton en main, chaussé de gros souliers,

Tu sauras découvrir ces bolets parfumés

Qui te feront des plats au délicat fumet.

Et si tu es expert dans l’art du bien manger,

 

  Tu pourras déguster oreillard en civet,

Cuissot de chevreuil, rôti de sanglier,

Arrosés de nos vins aux généreux bouquets.

N’aie garde d’oublier nos confits, nos pâtés

 

  Aux truffes parfumées, mûries sur nos collines,

Nos fromages, nos noix et autres galantines…

Si tu veux repartir tout plein de souvenirs,

Admirer nos moulins qui dans les eaux se mirent,

 

  Découvrir en flânant des sites ignorés,

Te rafraîchir parfois à tes trous secrets,

Déguster nos liqueurs, que ta chère soit bonne,

Viens !  Brantôme  t’attend, enlacé par la Dronne...

 

Poème de Lucien Etourneaud,

publié à l’occasion d’un Défilé à l’ancienne, en 2oo2

 

 

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DESCRiPTION DE BRANTÔME AU MiLiEU DU XIXème S.

 

          Brantôme, petite ville située au confluent de la Drône et de la Côle, aujourd’hui chef-lieu de canton, offre à l’œil l’aspect le plus délicieux.  Au milieu d’un admirable tableau que l’art et la nature se sont plu à embellir, s’élèvent un magnifique édifice, jadis la demeure de religieux bénédictins, , et le clocher d’une église dont la fondation remonte à Charlemagne.  L’église eut à souffrir dans les guerres anglaises ;  mais, restaurée à chaque épreuve qu’elle eut à subir, elle porte encore les traces de ces diverses restaurations, et son sanctuaire, bâti en 1465, laisse apercevoir dans ses sculptures la magnificence de son bienfaiteur, l’abbé de Piédieu.

            La grotte qu’habitèrent les premiers religieux existe encore. Mystérieusement obscure, elle inspire la tristesse, qu’augmentent les bas-reliefs qu’on y aperçoit.  D’un côté, c’est l’épouvantable scène du jugement général, et, de l’autre, le calvaire avec les douleurs d’une mère et les angoisses de l’amitié.  Ces deux tableaux, où la mort ne semble présider un moment que pour être éternellement vaincue, offre les scènes les plus imposantes. Il est probable que ces bas-reliefs ne furent pas l’ouvrage des premiers religieux. Je les crois du XIVe siècle.

            Le cloître de l’abbaye mérite d’être visité.  Des lierres qui descendent du haut des piliers en masses de guirlandes sur les arcades qu’ils ombragent, une végétation qui, régnant sur la corniche, encadre le préau, et, au milieu, un élante du Japon déchiré par la foudre, tout cela inspire une mélancolie que favorise l’obscurité des galeries.  On assure que le fameux Cicéri y puisa ses inspirations pour l’une des décorations de Robert-le-Diable.

            Ce monument remonte au XVe siècle.

            Dans les environs de cette ville, il existe un autel druidique parfaitement conservé ;  on y rencontre aussi assez souvent des haches celtiques et quelques dards ou traits gaulois en silex.  Les carrières de Brantôme, dont la pierre, d’une blancheur remarquable, est remplie de fossiles, méritent d’être visitées.

 

Abbé AUDiERNE, Le Périgord illustré, Guide monumental, statistique, pittoresque et historique de la Dordogne, impr. Dupont, Périgueux, 1851.

 

 

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DESCRiPTiON DE BRANTOME AU XIXème S.

 

            Brantôme, dont le nom est devenu si célèbre dans le monde des Lettres, est surtout remarquable par la beauté des sites environnants.  Elle-même est bâtie dans un île de la Dronne, entre des rochers percés de grottes, qui furent habités jadis ;  les restes de son ancienne abbaye, ses tours et ses clochers, les débris de son enceinte, son pont bizarre, l’écluse de la rivière, les grands arbres et les prairies de ses bords, forment un tableau à la fois original et charmant.

           

Elisée RECLUS,  Nouvelle Géographie de la France, p. 476.

 

 

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LA VALLEE DE LA DRONNE

 

            La vallée de la Dronne est la plus jolie du département et peut-être de tout l’Ouest ;  sauvage et déserte jusqu’à Saint-Pardoux-la-Rivière, elle s’élargit au confluent de la Côle et se peuple dès lors de paysages enchanteurs.

 

JOANNE, cité par l’Abbé J. PRADiER,  Visite aux monuments de Brantôme et Glânes dans son Histoire, Brantôme, 1898, p. 3.

 

 

 

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DESCRiPTiON DE BRANTÔME AU XIXème S.

 

            [Brantôme], la plus coquette ville qui se puisse imaginer.  Nous ne la décrirons pas.  Une description, en effet, aussi brillante et vécue fût-elle, ne saurait donner l’impression que cause la vue de ce si curieux clocher d’une église remontant, dit-on, à Charlemagne ;  de cette guette hardie établie sur un contre-fort d’angle de l’église Notre-Dame, aujourd’hui transformée en halle ;  de cette ceinture enfin d’originales constructions se mirant en d’exquis paysages, à chaque pas renouvelés, dans les eaux vives et limpides de la Dronne.

            C’est là un bijou, - vrai régal d’artiste, - qu’il faut voir et admirer sous toutes ses faces et qui laisse, lorsqu’on s’en éloigne, l’impression charmante d’un véritable enchantement.

 

Charles DURAND, France-Album, arrondissement de Péri-gueux, XIXème s.

 

 

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DESCRiPTiON DE BRANTÔME AU XIXème S.

 

            Je ne connais pas de plus jolie petite ville que Brantôme, ni où l’on puisse trouver des impressions d’art et de nature plus exquises.  On y arrive par un tramway à vapeur qui, avec sa petite machine trottinante, ressemble à un joujou.  Il chemine vivement, sur le côté de la route, s’arrêtant dans les villages, sifflant comme un vrai chemin de fer, cornant comme un vélocipède, écrasant parfois un cochon, parfois un cheval de meunier, faisant danser les vaches et les bourriques, et suit une vallée capricieuse et verte, toute en grandes roches et en prairies, où coule une rivière à truites, coupée d’écluses dormantes et de moulins qui battent.

            Le pays, il y a une douzaine de siècles, se trouvait partagé entre les Druides et les Romains.  Des moines s’y établirent, se logèrent dans les rochers, et, deux cents ans plus tard, Druides et Romains n’existaient plus.  Il y avait un monastère où l’on n’avait vu d’abord que quelques ermites, et l’abbaye de Brantôme était désormais fondée, reconnue par les conciles, honorée de visites royales, pendant que toute une population croissait et bâtissait à son ombre.

            Puis vinrent les périodes de guerres et d’invasions, de sièges, de sacs, des alternatives de ruine et de relèvement, des reprises de prospérité et de nouvelles dévastations, et le Brantôme d’aujourd’hui est le fantôme et le souvenir de ces mille années d’art et d’histoire.  Il commerce et vivote dans les restes de cintres, de frises et d’architraves, avec des échoppes de bourreliers et de marchands de tabac dans les murs des anciens abbés, un marché dont le vaisseau est celui d’une ancienne église, un clocher qui a sonné l’office à Charlemagne, un pont tournant qui a l’air d’un jubé sur l’eau, et des multitudes d’escaliers, de logettes, de treilles, de passerelles, de filets et de jardins reflétés dans la rivière qui entoure la petite ville comme une ceinture.

            L’une des curiosités de la ville se trouve dans les grottes dont il y a tout un faubourg.  Des gens s’y sont maçonné des cases et les habitent, avec des fleurs et des loques à leurs lucarnes.  Ces grottes, autrefois, formaient une véritable abbaye souterraine, et l’une d’elle était une chapelle…

            Qui a vu Brantôme ne peut plus l’oublier !  Il en revoit toujours la vallée, le vieux clocher, les grottes, le pont tournant, la rivière, les jardins lacustres ;  il a toujours dans le regard cette petite Venise de verdure et d’eau douce.

 

Maurice TALMEYR, article publié dans la Revue hebdomadaire, 1898.

 

 

 

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DESCRiPTiON DE BRANTÔME AU XIXème S.

 

            … les trésors archéologiques de tout genre renfermés dans l’enceinte de Brantôme :  l’église restaurée par M. Abadie ;  son clocher qui peut se flatter d’être, après celui de Saint-Front, l’un des plus curieux de France ;  les bâtiments immenses du XVIIe et du XVIIIe siècle de l’abbaye ;  ceux moins importants mais plus gracieux du XVIe, qui en dépendent ;  le vieux pont coudé qui aboutit au joli pavillon de la Renaissance ;  les fortifications du monastère, élevées plutôt pour le plaisir des yeux que pour une défense sérieuse ;  les chapelles creusées dans le roc calcaire et leurs étranges bas-reliefs ;  l’ancienne église paroissiale reconvertie en marché couvert ;  et enfin les vieilles maisons ogivales ou  Renaissance, que l’importance des autres monuments fait trop souvent négliger, mais qui n’en ont pas moins un véritable intérêt archéologique.

            C’est toujours avec une sorte d’ivresse, bien connue des antiquaires, que je revois ce joli coin de terre où l’on ne sait ce qu’il faut le plus admirer, de l’œuvre des hommes ou de celle de Dieu ;  car le paysage est peut-être plus séduisant que la ville et les édifices qu’il encadre.

 

Baron de VERNEiLH, in Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, tome XIII, p. 6o.

 

 

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DESCRiPTiON DU MANOiR DE LA HiERCE AU XIXème S.

 

            C’est un simple corps de logis, appuyé au milieu par un pavillon carré où se trouve l’escalier, flanqué à droite d’une tourelle en poivrière, et à gauche d’une sorte de galerie à arcades cintrées, de loggia, comme disent les Italiens, qui se rattache à un pigeonnier rond posé sur un encorbellement.  Des toits aigus, des fenêtres en croix, des bandeaux marquant les étages et  se profilant autour de la tourelle, deux très belles lucarnes sculptées, où paraît s’être concentrée toute la dépense d’ornementation, complètent cet ensemble, harmonieux en sa petitesse et très pittoresque.  C’est bien peu de chose et pourtant c’est charmant.

Baron de VERNEiLH, in Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, tome VIII, p. 83.

 

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